La Cueillette

J'aime regarder les gens et les choses. En voici la cueillette...

21 avril 2007

Les élèves des profs de gym

Les élèves des profs de gym sont des gens de justes hauts corps exaltés.

Sur le plancher des sportifs, il y a la sylphide légère, brosse courte et blonde, prunelles trop brillantes et globuleuses d’yeux noisette. Au-dessus de l’air saturé, elle virevolte toute en muscles nerveux.

Là-bas, le grand dégingandé, à longues enjambées molles, suit le rythme, à peine décalé...

Il y a casque noir, trapue et charbonneuse dont chaque geste amplifie la puissance ramassée au sol, puis détendue vers les néons aux éclairs frénétiques !

Tranquille et vaillante, la dame honorable, et fortement maquillée pour conjurer les années, se casse et se redresse dans son maillot rose bonbon qu’anime un collant noir, plus ou moins triomphant.

Efficace, adroite et rapide, la moyenne, moyenne en tout, cheveux mi-longs, mi-bruns, yeux incertains, fière modestie, distribue également son effort, l’adaptant aux rythmes variés, pas tout à fait facilement, juste assez pour être jolie.

La plantureuse à chair vibrante vacille et vous heurte moelleusement, s’excuse et s’en va rougissant vers d’autres suants contretemps...

Le beau gosse massif et velu tache l’espace d’attitudes blanches comme son T-shirt.

À côté de lui — comme il sue ! — le gentil petit bedonnant halète mais jamais ne meurt...

Les élèves des profs de gym, heureux de peiner à leur rythme, labeur ou bien dilettantisme, n’ont pas le mérite facile !

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19 avril 2007

Bruine

Quand il pleuviote, l’été, ce qui est bon c’est d’être sous un capuchon.

On lève le nez. Il s’emperle de gouttelettes, qui glissent tout au long : il devient gouttière au bord de laquelle on recueille l’eau du ciel.

À chaque pas, des elfes liquides jaillis de la mousse sautent agilement, très vite, à bord de vos chaussures. Peu à peu, vos pieds deviennent deux créatures aquatiques chuintantes aux cheveux de racines, pas toujours bien coordonnées. Vous les soulevez, laborieux, l’un après l’autre, tel un pachyderme, dans des froissements de feutre.

La toile, censément imperméable, s’alourdit d’humidité, vous enveloppe d’un halo froid, que vous entraînez courageusement vers la porte accueillante, la lumière chaude et la serviette rendue moins rêche par l’odeur douce de lessive.

À l’heure où la boisson chaude détendra vos nerfs d’une bienheureuse lassitude, vous contemplerez le paysage ondoyant, d’un gris ensoleillé, les rafales brusques et violentes porteuses de cataractes, les arbres élancés aux allures de trombes d’eau...

Et vous serez content d’avoir participé au début de l’aventure des éléments. Vous vous direz peut-être : « Suave mari magno... ».

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18 avril 2007

Grenadine

La grenadine est à l’été ce qu’à l’automne sont les châtaignes grillées, ce que le champagne est à l’hiver, ce que les jeunes tomates sont au printemps...

Ce que la grenadine est à l’été, c’est une douceur veloutée nuancée de rosée claire, c’est une chaleur ensoleillée qui vous rafraîchit en même temps.

Il faut mettre des glaçons. Alors l’eau cerise vire à la framboise pâlissante sous la buée qu’elle exhale...

La grenadine, c’est le goûter de l’été, peut-être une approche du cœur cramoisi de l’été.

C’est une sieste éveillée au soleil, volontairement prolongée à l’instant de se désaltérer, d’oser la brûlure épicée des glaçons qui rosissent...

La grenadine, c’est l’été en maraude, qui tire une petite langue gourmande et vous invite aux plaisirs secrets, un peu braconniers, de toute cueillette qui se respecte...

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17 avril 2007

Les profs de gym

Les profs de gym font leurs intéressants.

Ils se jouent des traquenards de la pesanteur, bondissants cabotins.

Ils échangent des murmures entendus, codifiés, d’eux seuls compréhensibles, ce qui les rend supérieurs et mystérieux, inaccessibles. Même dans une souffrance physique réelle, ils jouent : ils posent sur leurs traits luisants un valeureux masque de bronze, celui des grands héros impassibles à l’éternel courage.

L’ampleur de leurs gestes souples développe leur grand sérieux, et puis soudain ils hurlent des onomatopées d’empathie, chantent d’allégresse sportive, précisent et accélèrent leurs mouvements, joyeux, libres et prisonniers de leur rôle exhibé...

Posté par Bouillette à 10:24 - Les gens - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 avril 2007

Jardiland

Le dimanche à Jardiland, c’est comme si on redevenait enfant.

Jardiland, c’est pas une jardinerie, ah non, c’est bien plus que cela ! C’est Jardi-land, la Terre de Jardi, et Jardi c’est le Seigneur des Jardins... Ben quoi ? Y’a bien un Seigneur des Anneaux !

À Jardiland, règne un enthousiasme d’enfant car il y a plein de trucs !
Il y a des graines dans de petits sachets illustrés d’une photo alléchante, des radis vermeils et joufflus par exemple, que l’on dévore des yeux.
Il y a des pomponnettes potelées, coiffées comme des hérissons, attendrissantes.
Il y a des ramures graciles dont on voudrait qu’elles nous caressent.

Les blouses jaunes sont nos repères seulement si l’on a besoin de quelque chose de très fondamental, quel type de terreau, monsieur, s’il vous plaît, pour mes tomates Supersteak ?

Autrement, le peuple végétal nous baigne d’une telle atmosphère d’intime complicité, de bienfaits mutuels, que s’y dissolvent les pauvres parasites.

Le promeneur du dimanche à Jardiland se décide à partir, animé d’une pointe de regret. Comme pour ressusciter ces instants, il se souvient, écoute à nouveau, hélas sans les entendre, les chants frêles de quelques glycines presque noyés dans la foisonnance verte, anciennement sonore, des buis...
Il revient aux voix chaudes et un peu tapageuses des Jardi-végétaux, il compare : il aime autant les deux.

La fin de promenade du promeneur du dimanche, c’est un bouquet de violettes cueilli au chemin clair et encore cerné d'ombres, réchauffé à l’ambre de Jardiland...

Posté par Bouillette à 15:40 - L'air du temps - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les promeneurs du dimanche

Les promeneurs du dimanche ne savent pas où ils vont. Ce sont d’aimables errants.

Au bout d’un moment, la lumière qui rosit attendrit leur pas... Ils regagnent lentement, mais décidément, l’habitacle mécanique qui les a posés là, un dimanche après-midi, flairant la bonne fortune.

Car les promeneurs du dimanche ont la bonne heure, facile, du bonheur simple : un couvent de violettes aux voix pures et pudiques, une reinette allègre sur un nénuphar, et bien sûr cette heureuse connivence, entre promeneurs du dimanche.

Les promeneurs du dimanche ont une bienveillance de rencontre. Ils badinent avec des bâtons de hasard dénichés au creux d’ornières. Ils picorent les mûres encore petites, dont ils gardent sur la langue la fraîcheur acide.
Ils disent bonjour comme ils respirent, à des instants plus verts, une envolée de brise vive qui leur met aux narines un parfum de sous-bois.
Ils s’alanguissent, rêveurs, savourent de loin l’ombre humide suggérée par un puits. Leurs yeux s’agourmandisent à la vue des pommiers trapus et fraisiers feuillus.

Posté par Bouillette à 15:04 - Les gens - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]